Qu’est ce qui fait qu’on change ?

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Qu’est ce qui fait qu’on change ?

Les gens ne refusent pas de changer, mais ils n’aiment pas qu’on les change.

Rendons-nous à l’évidence : nous sommes impuissants à les changer.

Plus encore, tout effort fourni pour les changer est contre-productif. Qu’est ce qui fait qu’ils changent, alors ? Explications

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On peut comprendre, intellectuellement, qu’il vaudrait mieux changer. Qu’il s’agisse d’attitude, de régime alimentaire, de mode de vie, de façon de travailler, de s’exprimer, la prise de conscience ne se fait souvent que dans la tête et ne suffit pas à susciter à un changement fort et durable.

« plus on tente de changer, et plus c’est la même chose. »

On peut sentir, en voyant un leader inspirant, qu’on ferait bien de faire comme lui. L’espace d’un instant, c’est galvanisant, nous voilà plein d’énergie. Mais si nous en restons là, le chemin à parcourir peut sembler si long et ardu que tout effort nous semblera vain.

On peut, le temps d’un jour ou deux, faire les choses différemment, tenter la recette d’untel, l’astuce de tel autre, mais c’est un exercice, une discipline supplémentaire dans un quotidien déjà tellement contraint que très vite, face au tourbillon de la vie, les habitudes reviennent au galop. Finalement, toutes ces démarches sont intéressantes, mais elles suscitent souvent insatisfaction et découragement : plus on tente de changer, et plus c’est la même chose.

La logique du changement

« les gens ne refusent pas de changer, mais ils n’aiment pas qu’on les change. »

Depuis 25 ans que je m’intéresse au changement, depuis ce petit livre « Changements » [1]qui m’a passionnée, j’ai réalisé que les gens ne refusent pas de changer, mais ils n’aiment pas qu’on les change. Leur changement doit venir d’eux. Et pour qu’il surgisse vraiment, il ne doit pas seulement venir d’eux dans leur volonté, mais d’eux dans leur identité profonde, souvent inconsciente et en devenir.

si notre intention est de les faire changer, on les empêche de changer.

Le changement doit venir d’eux au point que si notre intention est de les faire changer, on les empêche de changer. Je m’explique : on ne peut pas changer quelqu’un, de la même manière qu’on ne peut pas endormir quelqu’un. On peut juste l’accompagner vers l’endormissement.

perdus sous nos masques

Ça va même plus loin : si vous dites à votre enfant : « calme-toi ! », le processus par lequel il serait revenu au calme de lui-même est bloqué. Tout ce qu’il peut alors faire, c’est feindre le calme en refoulant ses émotions.

S’ensuit alors une dissociation entre ce qu’il ressent, à l’intérieur, et ce qu’il peut montrer, à l’extérieur. A force de subir ce type d’injonctions, la plupart des humains se terrent derrière des masques au point qu’ils ne savent plus qui ils sont, où se cache leur vraie nature, leurs talents, leur plein potentiel, et qu’ils s’arriment à ce masque comme le naufragé à son radeau.

Avec Aurélien, nous n’utilisons donc aucune de ces recettes-là, ou du moins jamais en première intention, seulement dans des situations très particulières, quand le présent est intenable. La seule chose qui fonctionne, et elle donne les mêmes résultats époustouflants avec les enfants, les adolescents, les adultes, les dirigeants, les parents endeuillés, c’est d’aller rencontrer les personnes là où elles sont, d’aller les rencontrer dans cet espace qu’elles-mêmes, parfois, ne connaissent pas, mais où je me positionne et les rejoins.

Ensemble, sortir de cette ornière

Nous pourrions expliquer le processus à l’aune des dernières découvertes des neurosciences, il est question entre autres de neurones miroirs, de plasticité cérébrale, mais ce n’est pas notre propos aujourd’hui. Comprenez qu’il est essentiellement question d’un lien qui fait advenir tout autre chose que ce à quoi nous sommes habitués : une relation vraie, authentique, qui dit « tu as toute ta place, sois la/le bienvenu(e), comme tu es. Ensemble, nous allons sortir de cette ornière ».

Notre travail d’accompagnement consiste à ouvrir des espaces, et avec eux, des possibles.

Notre travail d’accompagnement consiste à ouvrir des espaces, et avec eux, des possibles. « Il s’agit de rencontrer l’autre sous sa latitude propre, de l’aider à identifier sa marge de manœuvre, et de l’enjoindre à s’en saisir. Il s’agit de lui permettre d’être auteur de lui-même pour explorer un champ élargi de possibles », analyse Aurélien.

Comment ouvrir ces espaces qui suscitent le changement, un vrai changement durable ?

Par l’attitude intérieure. Quand je dirigeais des projets, j’aurais parfois voulu expliquer à mes équipes et parties prenantes ce que j’avais découvert, comme nous aurions pu travailler autrement. Souvent, faute de temps, parce que ces personnes allaient intervenir trop peu dans le projet, ce n’était pas possible. J’ai alors décidé d’adopter, de moi-même, l’attitude qui me convenait : une ouverture, résultant d’un travail personnel d’alignement, propice à l’intelligence collective, à la co-création, à la résolution durable de problèmes. J’ai été époustouflée de constater à quel point cet alignement changeait tout.

« l’alignement change tout. »

« C’est toute l’importance de l’attitude intérieure. Si quelqu’un vit dans un état de non-violence, c’est-à-dire de non-jugement, de respect de l’autre, il va influencer son entourage et il sera très difficile d’être agressif à son égard ou même simplement en sa présence ».F. Mazet

« Attention, cet alignement n’est en aucun cas une posture stable, définie une fois pour toutes. Il s’agit plutôt d’une attitude d’alignement dynamique, permanente, qui part du postulat que la seule chose qui ne doit pas changer, c’est notre détermination à embrasser le changement », précise Aurélien.

En fait, à l’intérieur, ils ne changent pas, ils ne se transforment pas, mais ils se trouvent.

C’est à partir de cette ouverture que les personnes que j’accompagne, en individuel comme en collectif, trouvent un espace qui les accueille, les inclut, les entend, les prend comme ils sont, leur parle au-delà des masques, ouvre un chemin.

C’est à partir de là qu’ils peuvent sortir de leur zone de confort en confiance, expérimenter d’autres formes de pensée, d’action, de vie.

C’est là qu’ils changent dans ce qu’ils donnent à voir. Mais je vais vous livrer un secret : en fait, à l’intérieur, ils ne changent pas, ils ne se transforment pas, mais ils se trouvent. Mon seul désir, c’est de les reconnecter à eux-mêmes, au cœur de leur être, là d’où émerge leur immense potentiel, leur vitalité. Je ne compte plus les transformations qui sont nées par le simple fait d’avoir été rejoints.

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Je voudrais conclure par un commentaire qui m’a été fait : ce sont de très bons conseils, mais si difficiles à appliquer !

Tant que nous pensons que c’est un conseil à appliquer, quelque chose qui serait à faire, c’est impossible. C’est une injonction de plus qui colle comme un masque et que j’ai vite envie d’arracher tant ça gratte. Le non jugement vient dans l’état de grâce, l’attitude qui fait que je rejoins l’autre dans sa vulnérabilité à travers ma vulnérabilité. A cette hauteur, je n’ai pas à me forcer de ne pas juger l’autre, il ne me vient simplement pas à l’idée de le faire car ce n’est pas là où je suis. Je suis comme quand je m’agenouille pour me mettre à la hauteur d’un enfant, et que je réalise que m’agenouiller me grandit.

[1] Paul et John Watzlawicck, Richard Fisch – Changements, Paradoxes et Psychothérapie

illustrations : oeuvres de Roberte Degosse

 

By | 2018-02-09T12:20:02+00:00 février 9th, 2018|évolution, management|Commentaires fermés sur Qu’est ce qui fait qu’on change ?

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