Formation et éducation: distinction et synergie

Une transmission n’est pas vierge d’objectifs, elle est intentionnelle et donc support en elle-même d’un regard orienté sur le monde, c’est-à-dire d’une idéologie façonnée par le temps écoulé et qui incarne le « pourquoi » comme déterminisme. La formation relève du « comment » (compétences) et du prolongement de ce déterminisme, et l’éducation du « pour quoi » (orientation et l’appropriation d’un but) et du dépassement du déterminisme.

La formation est la standardisation dans un espace normé des aptitudes et des compétences. Qu’il souhaite s’y conformer ou pas, la norme est initialement à l’extérieure à l’apprenant. Elle lui est « appliquée » par le formateur. L’apprenant ne saurait donc être actif: sa seule implication possible est au mieux désirer cette passivité.

La formation favorise donc l’apparition d’un espace indifférencié dans lequel les « formés » sont davantage semblables (normés) que complémentaires. Ils sont donc faits rivaux: leur singularité a été retirée, cette violence ontologique implique qu’ils la reconquièrent pour « se gagner soi-même » dans un rapport de violence à un autre indistingué de soi, orchestré sous la norme sociale de la mise en compétition.

Bien différente de la formation, l’éducation au sens de « mener hors de » est un affranchissement par le questionnement qui coûte l’abandon des croyances et des fausses certitudes, c’est une ouverture intrinsèquement subversive du sujet, simultanément vers sa propre singularité et vers l’altérité.

Lorsqu’il est confronté à quelque chose qui le heurte, à la formation, l’élève résiste par un mouvement latéral, une volonté d’échapper. À l’éducation l’élève résiste, par un mouvement vertical (vers le bas). Ce heurt est une expérience du réel que l’élève peut avoir la tendance de rejeter pour lui préférer ce qui était avant l’expérience. Ce faisant, il érige sa subjectivité comme norme. C’est un premier mouvement qui se doit d’être dépassé par une mise en dialogue au service d’une intelligibilité par appropriation. Sans ce second mouvement, la normativité est celle de l’égo, issue du renoncement. Avec ce second mouvement, la normativité devient dynamique et libératrice par contact intelligible avec le réel, issue d’un renoncement qui rend tangible l’altérité avant une mise en dialogue qui accepte, pour le dépasser, ce dernier.

La formation “a” et l’éducation “de” s’inscrivent dans un même mouvement. En identifiant un périmètre, un dedans et par conséquent un dehors, la formation scinde le sujet. Scindé par une norme qui le partitionne, le sujet fait l’expérience d’un espace arbitrairement défini et incomplet. Il lui devient possible de filer cette métaphore quant à lui-même: sa frontière personnelle supposée, c’est-à-dire son identité, pouvant désormais être considérée comme arbitraire et source de questionnement. La formation comme l’internalisation d’une contrainte extérieure peut donc être saisie par l’apprenant comme une occasion de s’extraire de lui-même et d’embrasser son devenir.

C’est la faim de ce dépassement qu’il s’agit de montrer, de montrer aux apprenants en quoi elle taraude. C’est une catalyse de conscientisation. Il ne s’agit pas de (con)former, mais de devenir sujet.

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