latitude77 / Laboratoire de recherche - catalyse individuelle et collective pour une agilité durable Wed, 20 Jul 2022 15:00:18 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=6.9 Réunions: rôles et aléas /2022/07/20/reunions-roles-et-aleas/ Wed, 20 Jul 2022 07:33:53 +0000 https://latitude77.org/?p=13059 Court billet à propos des réunions durant lesquelles des rôles (lead, facilitateur, observateur, timekeeper, etc.) sont assignés aléatoirement, afin de favoriser leur déroulement. Les rôles Une réunion réussie suppose que chacun puisse mobiliser le langage pour extérioriser sa perspective propre, la réévaluer à l’aune de ce qui est écouté, et prendre le risque créatif d’une [...]

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Court billet à propos des réunions durant lesquelles des rôles (lead, facilitateur, observateur, timekeeper, etc.) sont assignés aléatoirement, afin de favoriser leur déroulement.

Les rôles

Une réunion réussie suppose que chacun puisse mobiliser le langage pour extérioriser sa perspective propre, la réévaluer à l’aune de ce qui est écouté, et prendre le risque créatif d’une synthèse des perspectives, afin de les rendre opérationnalisables (cf. les travaux d’Edgar Morin sur la complexité et la dialogique).

Par contraste, les rôles sont, littéralement, des postures sociales qui policent les comportements personnels. Ils sont un mouvement de régulation depuis l’extérieur (social) vers l’intérieur (intime). Ils forment donc un terrain propice au développement d’un social cooling, voire d’une forme d’autocensure, voire d’un faux-self.

Les rôles relèvent d’un formalisme symbolique qui altère, structurellement et à dessein, la liberté d’écoute et d’expression, sans favoriser ni la remise en question ni la prise de risque créatif.

Légitimité arbitraire, contestable et à risque d’une contestation létigime

L’assignation l’aléatoire des rôles repose sur l’hypothèse implicite que chacun peut tenir n’importe quel rôle. Il en résulte que la légitimité qui découle de ce processus est littéralement arbitraire, car fondée par le processus lui-même, alors qu’il est lui-même contestable (cf. paragraphe précédent). La légitimité issue des rôles est donc contestable.

De plus, les différences interindividuelles sont telles que certaines personnes sont bien souvent plus à l’aise dans un rôle que dans un autre, et que les différences de compétences des uns et des autres vis-à-vis d’un rôle précis peuvent être considérables. La légitimité des rôles est donc légitimement contestable:

  • Par la personne qui se retrouverait assignée à un rôle (et qui aurait cependant le “droit” de le refuser – ce droit, opposable, dévoilant l’implicite nature du rôle assigné, qui serait un “devoir”)
  • Par quiconque qui considérerait que la personne aléatoirement légitimée dans un rôle n’est pas compétente pour l’exercice de ce dernier, ou bien qu’une autre personne serait davantage compétente.

L’assignation aléatoire des rôles repose sur une hypothèse implicite fallacieuse, et expose ainsi structurellement le déroulé de la réunion à une contestation de la légitimité des différents participants, possiblement à juste titre, avec les risques:

  • De dérives en conflits interpersonnels antagonistes de la sécurité psychologique par ailleurs largement reconnue comme essentielle (réf)
  • De ne pas mettre les compétences en vis-à-vis des besoins réels (“skill congruence”, réf).

Le mythe de la réunion cadrée et réussie

L’un des objectifs de la mise en place des rôles est de faire en sorte qu’une réunion se déroule comme prévu. Ce qui suppose de la prévoir, c’est-à-dire que le sujet abordé soit non seulement clairement défini, mais également pertinent, et qu’elle soit préparée en amont par chacun. En cas de meeting mal préparé, ou dans lequel un imprévu se manifeste, ce souhait d’un déroulement prévisible et rassurant est tout à fait contre-productif.

Or, les réunions étant des processus sociaux, et chacun de nous étant par nature imprévisible et complémentaire, elles sont par nature imprévisibles. C’est d’ailleurs pour cela que les réunions sont nécessaires: pour synchroniser les imprévisibles et dépasser les antagonismes.

Les rôles, en cherchant à rendre prévisible ce qui ne peut pas et ne doit pas l’être, prennent le risque de vider les réunions de dissidences, qui ne cessent pas pour autant d’exister mais se transposent dans un espace de frustration personnel ou interpersonnel, plutôt que d’essayer de les réconcilier.

Un résultat qui interroge

Contrairement à ce que les paragraphes précédents peuvent laisser penser, des rôles assignés aléatoirement peuvent véritablement faciliter une réunion.

Cette contradiction peut s’expliquer par le fait qu’un choix de responsabilité aléatoire n’est pas pire, et parfois meilleur que le fonctionnement habituel des réunions. Dans ce cas-là, ce ne sont pas tant les rôles aléatoires qui fonctionnent, que les réunions habituelles qui dysfonctionnent.

Plus précisément: la participation constructive à une réunion suppose des compétences sociales élevées. Liste non exhaustive: expression, écoute, argumentation construite et bienveillante, primauté des avis sur les opinions, respect des agendas de chacun et, dans une certaine mesure, acceptation de l’imprévu.

Les rôles peuvent permettre d’établir artificiellement les responsabilités correspondantes. Le succès de l’artifice révèle, cependant, non pas la pertinence des rôles, mais au choix et dans le contexte de la réunion:

  • le manque de compétences sociales des participants, et/ou
  • l’incapacité à reconnaître ces compétences sociales chez les autres participants, et/ou
  • l’incapacité à articuler ses compétences sociales propres avec celles des autres afin de créer une compétence collective (“strategy”, ref)

Dit autrement: que notre aptitude à nous organiser ne soit pas drastiquement meilleure que des rôles choisis aléatoirement devrait nous interroger sur ladite aptitude que nous prétendons avoir, laquelle n’est pas meilleure qu’un placebo, bien davantage que sur le placebo lui-même.

Un solutionnisme en forme de pis aller toxique

Les rôles aléatoires, tout comme la démocratie athénienne familiarisait par nécessité chaque citoyen à la situation de gouverner, familiarisent chacun avec la nécessité d’écouter, d’impulser, de faciliter, de veiller au respect du temps de chacun, de donner des retours.

Et simultanément, ces rôles sont aussi potentiellement un alibi tout trouvé pour ne se focaliser au mieux que sur une seule de ces dimensions à la fois. De surcroît, ils nous masquent d’autres éléments plus essentiels (sécurité psychologique, approche pensée complexe et dialogique, congruences des compétences et des besoins, coordination collective, cf. références précédentes).

Conclusion

Il est d’autant plus tentant de se reposer sur ces rôles aléatoires qu’ils entretiennent l’espoir que les meetings seront désormais plus constructifs. A contrario, c’est plus exigeant et surtout désagréable de faire le constat d’une forme immaturité collective. En se manifestant durant les meetings, c’est pourtant elle qui en limite drastiquement l’intérêt au point qu’ils sont parfois vécus comme inutiles, voire contre-productifs. Or ce constat, si désagréable qu’il soit, est un diagnostic préalable nécessaire pour essayer d’y apporter une réponse qui ne saurait être autre pour être durable et réelle que celle d’une responsabilisation de chacun quant à une maturité individuelle. C’est bien à ce prix-là que les discussions deviendront constructives, l’intelligence collective ayant comme pire ennemie la bêtise individuelle.

Credit: Photo by Kyle Head on Unsplash

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Applaudissons. /2020/04/14/applaudissons/ Tue, 14 Apr 2020 08:37:32 +0000 https://latitude77.org/?p=11029 Je ne suis pas à l'aise concernant les applaudissements à 20h. Non que les personnes en première ligne ne soient pas héroïques évidemment, mais elles n'ont pas fait le choix d'exercer ces professions comme des héros. Elles ont fait le choix de soigner. Si elles se trouvent contraintes à l'héroïsme, c'est parce que tant d'autres [...]

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Je ne suis pas à l’aise concernant les applaudissements à 20h.

Non que les personnes en première ligne ne soient pas héroïques évidemment, mais elles n’ont pas fait le choix d’exercer ces professions comme des héros. Elles ont fait le choix de soigner. Si elles se trouvent contraintes à l’héroïsme, c’est parce que tant d’autres n’ont cessé, pendant des années, de faire des pas en arrière quant à la nécessité d’organiser la préparation des équipements et la recherche de stratégies thérapeutiques efficaces alors que ce risque très précis était parfaitement connu et documenté (comme le sont bien d’autres):

The presence of a large reservoir of SARS-CoV-like viruses in horseshoe bats, together with the culture of eating exotic mammals in southern China, is a time bomb. The possibility of the reemergence of SARS and other novel viruses from animals or laboratories and therefore the need for preparedness should not be ignored.”

Autrement dit, leur héroïsme est consécutif à ce qui devrait surtout nous inciter à une humiliation collective, dont nous ne saisirons la portée que par les leçons que nous, collectivement, saurons, ou pas, en tirer. Non seulement en leur donnant les médailles bien méritées, mais en sachant que nous, collectivement, sommes précisément particulièrement indignes de les leur remettre.

En effet, concernant le virus, au risque de choquer: il n’est pas dangereux. Ou si peu. Son taux de létalité est actuellement estimé <1%. Par comparaison, certains sont largement à >50%. Autrement dit, cet épisode n’est qu’un coup de semonce qui doit impérativement nous alerter sur la vraie cause de la mortalité. Or, ce qui cause la mortalité, c’est la vitesse avec laquelle il se dissémine dans une population sans immunité. Ça, c’est une question politique et organisationnelle, à bout touchant avec l’impréparation technique et thérapeutique. Qu’un virus dont la létalité si modérée cause de tels problèmes souligne que le danger découle précisément de l’accumulation de choix et de pratiques, et plus globalement, d’une (in) culture politique, organisationnelle, sanitaire de chacun d’entre nous ou presque. Or, cette culture ne se suscite que sur le temps long, et aujourd’hui le temps manque. Ne soyons pas surpris d’en arriver là, c’est bel et bien la route que nous suivions. Par inadvertance pour beaucoup, sachant que cette inadvertance n’est pas un alibi, mais au contraire qu’elle accuse.

Je crois que les questions essentielles qui se poseront après la crise seront par conséquent premièrement politiques et organisationnelles, avec en premier lieu j’espère celles-ci:

  • quelle place pour ceux qui auraient dû voir et qui n’ont rien vu ?
  • quelle place pour ceux qui ont vu venir et qui n’ont pas été ni écoutés ni soutenus ?

Choisissons bien qui nous applaudirons.

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Identités /2019/01/19/identites/ Sat, 19 Jan 2019 09:31:18 +0000 https://latitude77.org/?p=8821 Pour les êtres sociaux que nous sommes, comportements et apparences sont langage. Ils le sont vis-à-vis de nous-mêmes ("tu peux te dire à toi même qui tu assumes vouloir être/devenir"), mais aussi vis-à-vis des autres. Lectrice, lecteur, si tu revendiques être ton propre langage, ce langage ne sera que de moins en moins compris par [...]

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Pour les êtres sociaux que nous sommes, comportements et apparences sont langage.

Ils le sont vis-à-vis de nous-mêmes (« tu peux te dire à toi même qui tu assumes vouloir être/devenir« ), mais aussi vis-à-vis des autres.

Lectrice, lecteur, si tu revendiques être ton propre langage, ce langage ne sera que de moins en moins compris par d’autres, faute de terminologie commune. Plus tu « te dis« , plus la langue que tu utilises est singulière, intime, mystérieuse, difficile à comprendre, et moins ses interlocuteurs sont nombreux. Se singulariser, c’est également s’isoler.

Je te souhaite cette affirmation de toi, si nécessaire et vitale. Je te souhaite simultanément d’arriver à la concilier avec un rapport aux autres qui n’exclut la compréhension de personne. Je te souhaite les deux, parce que c’est un chemin difficile, essentiel et nécessaire sur lequel tu t’engages.

Puisque se dire à soi-même qui on souhaite être est potentiellement antagoniste avec la reconnaissance par autrui de qui on est, seule la recherche d’équilibre dynamique entre les deux ouvre un chemin de paix. Un déséquilibre est tragique. Osciller de l’un à l’autre est encore pire.

Pour concilier cet antagonisme, il me semble que la seule affirmation de soi possible, c’est celle qui ouvre à autrui avec une détermination farouche. Cette ouverture n’a rien de naturel: elle se conquiert sur le territoire déjà occupé par le soi illégitime qu’est l’ego. Plus l’ego résiste et revient à la charge, plus la conquête est ardue. C’est pour cela que cette démarche n’est ni un « lâcher-prise » (auquel nous incitent simultanément notre paresse et un monde complexe), ni un « engagement combattant qui mobiliserait toutes nos forces ».

Il faut simultanément lâcher prise sur l’ego et combattre avec le reste.

Ce qui importe, c’est donc de discerner l’ego du reste. De distinguer les forces qui nous animent, leurs conséquences sur autrui, sur le monde et sur nous-mêmes. Ce qui importe, c’est de choisir en nous celles qu’on souhaite voir prévaloir, de ne pactiser avec aucune autre. De faire le nécessaire pour les inscrire de petite victoire en petite victoire. À travers ces dernières, contempler la beauté, renouveler la motivation. Se saisir de chaque conséquence comme d’une opportunité de remise en question. Questionner, ajuster. Faire preuve vis-à-vis de soi d’une bienveillance totale, simultanément ne rien se masquer, renouveler le discernement.

Arriver à s’aimer malgré, puis dans, puis grâce à une pleine lumière qui ne laisse rien  passer. Se savoir insuffisant. Ainsi, échapper à la suffisance. En rire avec le sérieux d’un enfant. Ne pas se satisfaire de ce rire, parce que nous ne sommes plus des enfants.

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Victime, sauveur, persécuteur : quelques éléments pour sortir du triangle de Karpman /2018/07/06/victime-sauveur-persecuteur-quelques-elements-pour-sortir-du-triangle-de-karpman/ Fri, 06 Jul 2018 15:30:54 +0000 https://latitude77.org/?p=6912 Voici quelques éléments que je vous partage suite à une question qui m’a été posée, consécutive à la lecture d’un article de Philosophie Magazine Juillet-Août, consacré au triangle de Karpman et intitulé : Triangle, quand tu nous tiens… (page 46). L’article, consacré à la dynamique victime, sauveur, persécuteur conclut par "la nécessité de changer de [...]

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Voici quelques éléments que je vous partage suite à une question qui m’a été posée, consécutive à la lecture d’un article de Philosophie Magazine Juillet-Août, consacré au triangle de Karpman et intitulé : Triangle, quand tu nous tiens… (page 46). L’article, consacré à la dynamique victime, sauveur, persécuteur conclut par « la nécessité de changer de mode de narration pour échapper à la guerre éternelle ». La question qui m’a été posée était : « Concrètement, on fait comment ce tricot -là ? »

Engagement

La prise de conscience d’une seule personne impliquée dans ce triangle ne suffit pas: ses efforts pour sortir de l’ornière risqueront d’être réduits à néant ou presque par les habitudes/réflexes de l’autre. Deux points me semblent donc importants. Premièrement, se mettre d’accord a priori sur un engagement mutuel à se sortir de cette ornière. Ensuite, convenir d’un mot clé pour désamorcer la dynamique lorsqu’elle se présente. Charge à qui s’emballe d’y rester réceptif, d’où l’importance de l’engagement préalable qu’il est impératif d’honorer sauf à rompre la confiance et à devoir ensuite la reconstruire. C’est un exercice très exigeant.

Recul : accueillir créativité, conviction, langage

Engagement pris, pour sortir de cette narration dominante et pathologique, la première étape me semble être de prendre du recul afin de s’affranchir le plus possible des réflexes conversationnels que l’on pourrait avoir. Il ne s’agit pas de faire monde à part en soi, mais de restaurer l’épaisseur qui permet, après avoir perçu, de “ralentir” le mouvement de façon à en discerner les failles et l’imposture. De là, s’inscrire à neuf dans le monde. C’est sans doute la plus grande difficulté, car elle suppose créativité (c’est-à-dire de faire advenir ce qui n’existe pas encore), conviction (que ce qui n’existe pas encore est pourtant solide et viable), et langage (pour faire narration avec soi et autrui afin que ce qui n’existe pas encore devienne tangible).

Virginité : une conquête

Une fois le triangle immobilisé : il est vulnérable, tout comme un vélo qui ne roule pas n’est pas stable. Je crois que c’est à ce moment-là que la créativité peut s’exprimer, sous forme d’une sorte de virginité. Le terme est fort, non pour heurter, mais pour souligner le caractère radical du changement nécessaire. Dans l’acception commune, la virginité est considérée comme étant un bien précieux qu’on risquerait de perdre presque par inadvertance au point qu’il convient de la protéger possiblement par tous les moyens, jusqu’à l’indifférence voire le rejet. Une telle conception de la virginité exclut autrui, et donc la possibilité de ce dernier de nous conférer l’identité exogène que nous attendons de lui. Elle repose sur l’hypothèse implicite que la virginité préexiste. Je crois possible de proposer l’inverse: il nous est impossible de nous affranchir d’une chaîne causale inscrite dans le temps. Par conséquent, chaque instant vécu est marqué par le précédent. La virginité de soi dans l’instant ne saurait donc que relever d’une conquête sur soi dans son rapport au temps : en percevoir les fragments comme ces instants à la fois premiers (comme se donnant pour la première fois, ce qui implique d’en prendre soin, car ils ont en eux le germe des suivants) et derniers (comme ne se donnant qu’une seule fois qu’il s’agit de saisir à fond, en lien avec le carpe diem). Une telle virginité accueille autrui à neuf dans le présent, et donne l’occasion d’une rencontre qui, loin d’altérer, libère des chaînes du triangle toxique.

Devenir attentifs ensemble puis, attentifs, devenir ensemble

Sortir de ce triangle me semble donc supposer de trouver (et pas de retrouver!) la virginité de l’instant. De là l’importance d’une pleine attention, d’une consécration au présent qui s’offre et qui nous porte au-delà de nos déterminismes évidents et mécaniques. Vivre cette attention lorsque le contexte est facile est assez simple. Ce qui est difficile, c’est précisément lorsque le contexte devient plus complexe et exigeant. Là, c’est avec une détermination totale dans une lutte contre ce qu’on imagine être soi qu’il devient possible de s’engager, pour ensuite se retrouver différent et libéré ne serait-ce que transitoirement d’une partie de soi, obstacle à l’autre et donc à soi, ancrée dans un déterminisme tragique et qui n’avait vraisemblablement rien à faire là. Finalement, figer le triangle, c’est se mettre en cheminement, d’itération en itération. Ensemble.

C’est peut-être là un élément essentiel des amours vertueuses – celles qui habitent les relations édifiantes.

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Se comprendre, se rejoindre /2018/06/21/se-comprendre-se-rejoindre/ Thu, 21 Jun 2018 13:18:21 +0000 https://latitude77.org/?p=6682 Le langage est à la fois une opportunité et un piège. Il est possible de dire à autrui ce qu’il pourrait comprendre (c’est le rôle informationnel du langage). Il est également possible - et nécessaire - de se dire, c’est-à-dire de s’apporter soi-même au monde dans une singularité irréductible et incompréhensible par quiconque. Le langage [...]

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Le langage est à la fois une opportunité et un piège. Il est possible de dire à autrui ce qu’il pourrait comprendre (c’est le rôle informationnel du langage). Il est également possible – et nécessaire – de se dire, c’est-à-dire de s’apporter soi-même au monde dans une singularité irréductible et incompréhensible par quiconque. Le langage ne se réduit pas aux mots. Les gestes sont langage. Les regards aussi. Pour simplifier, tous sont regroupés ci-dessous sous le terme générique de message.

(source)

Tout message part de l’intériorité d’un émetteur, qui l’émet après l’avoir encodé (par exemple sous forme de mots). Le message est potentiellement soumis à des interférences avant d’être décodé par un destinataire. Si l’émetteur, le récepteur et le message – voire les interférences – sont connus, la question de l’encodage/décodage l’est moins. Or, elle est essentielle car l’émetteur encode, le destinataire décode, et rien ne garantit que l’encodeur et le décodeur fonctionneront suivant les mêmes principes. En particulier, l’un et l’autre reposent sur des implicites partagés (indexicalités) qui ouvrent à l’ethnométhodologie. Lorsque ces implicites ne sont pas partagés, même un message transmis sans interférence ne pourra pas être compris. L’exemple le plus simple est celui d’une discussion avec une personne qui parle une langue qu’on ne connaît pas. Si les mains peuvent suffire pour des choses simples, dès que les sujets sont profonds, riches, ou abstraits, il devient impossible de se comprendre, de se rejoindre.

La clé de l’encodage/décodage réside dans l’interprétation de soi au monde (choix de l’encodage) et dans celle du monde en soi (choix de décodage). L’émetteur doit choisir un encodage approprié pour le destinataire, et le destinataire un décodage approprié étant donné l’émetteur. Nos bibliothèques individuelles d’encodeurs et de décodeurs sont définies par nos cultures et nos histoires de vies. Elles sont limitées. Toute relation est un monde nouveau qui s’ouvre chaque instant, et qui ne peut être investi qu’en inventant un encodage et un décodage inédit afin que les messages vivent, fluides.

Par conséquent, la compréhension ne tombe jamais en marche: pour part elle se reçoit, pour part elle se construit. En cas d’incompréhension, il est commode pour le destinataire d’accuser l’émetteur de ne pas avoir été adéquat, et réciproquement. Renoncer aux accusations, et à la place questionner l’encodage et le décodage pour les affiner itérativement est donc essentiel. Ne pas le faire, ce serait ne pas prendre en compte le bain culturel commun qui sous-tend la communication et qui n’est pas nécessairement aussi partagé que ce qu’on pourrait croire de prime abord. Questionner ce bain est essentiel. Pour cela, est nécessaire que le récepteur reformule ce qu’il a reçu avant d’internaliser le contenu du message. Sans cela, un message encodé puis décodé par des encodeurs/décodeurs différents risque de générer des difficultés considérables.

Le cas le plus fréquent et le plus tragique est celui de la blessure du destinataire suite au décalage entre un encodage et un décodage : le message reçu blesse alors que l’émetteur n’avait en lui aucune intériorité blessante et ne voulait pas blesser. Je crois que personne de sain ne veut blesser. Le message, hors cas pathologique, est toujours là pour apporter quelque chose de valeur. S’il se révèle blessant une fois décodé, il est essentiel pour le récepteur de ne pas intégrer la blessure sans questionner l’émetteur sur son intention. Sans quoi peut s’accumuler une dette invisible pour l’émetteur, avec le risque que le destinataire internalise autre chose que ce qui a été dit.

Pour prendre un exemple très caricatural, la phrase “La boite est ouverte” est ambiguë. Il peut s’agir d’une boite de thé ouverte sur une table par exemple, ou bien d’une entreprise dont on parle aux heures de bureau. L’encodage et le décodage de “boite” sont donc d’autant plus importants que le terme est polysémique. La polysémie propre au langage nous impose le plus grand soin. Si son sens n’est pas partagé, quelle qu’en soit la raison, l’incompréhension s’installe. Le destinataire pense A, émet un message encodé, qui est décodé par le récepteur qui le comprend comme étant B. Si B s’avère être blessant, le récepteur pourra attendre indéfiniment qu’un pardon soit demandé par l’émetteur pour avoir dit B. L’émetteur ayant dit A, il lui est impossible de demander pardon pour avoir pensé B puisqu’il ne l’a pas dit ni même pensé. Tout au plus peut-il demander pardon de ne pas avoir pu/su encoder le message suivant des modalités intuitives pour le destinataire. L’incompréhension est un lien brisé entre deux personnes qui nécessite pour être résorbée que chacune de ces personnes, individuellement, ne cesse de vouloir se comprendre mutuellement, et donc qu’elles soient attentives l’une et l’autre non seulement concernant les messages échangés, mais également à leurs encodeurs/décodeurs respectifs qu’il s’agit d’inventer. En effet, même dans la même langue et quelle que soit la maîtrise de cette dernière, l’autre est toujours une terre étrangère. Si la valeur accordée à la relation est telle que vouloir se comprendre persiste, alors l’incompréhension se dissipe.

Il est donc très important de toujours laisser à l’autre le bénéfice du doute et de ne jamais préempter l’interprétation de ce qu’il/elle a pensé ou dit. Pour reprendre les classiques de la communication non violente, préempter le sens de ce qu’a dit l’autre (“Tu as dit que…”), sans lui demander (“Qu’as-tu voulu dire?”) c’est ériger devant lui un référentiel invincible. C’est nier la singularité de l’encodeur/décodeur de son intime, c’est le condamner à ne plus pouvoir se dire, c’est le borner à un rôle strictement informationnel et au prix d’efforts immenses qu’il n’est pas nécessairement en mesure de fournir. C’est le chasser d’un monde commun qui pourrait advenir, c’est le dépecer de son épaisseur de sujet, c’est le faire desexister. C’est refuser de voir l’émetteur tel qu’il est, et le réduire à la perception qu’on en a plutôt que de s’ouvrir à sa singularité propre. Considérer ainsi son interlocuteur, c’est attester sa non-présence. Agir ainsi, c’est le confiner à l’inintelligible, à l’inaudible, et in fine à le détruire. La réciproque est tout aussi vraie : “Tu n’as pas compris que …” à la place de “Qu’as-tu compris?” détruit le destinataire du message.

C’est pourquoi, plus les circonstances sont difficiles, plus il est essentiel que, plutôt que d’ingérer un message mal encodé/décodé, le destinataire ne fuie pas. Qu’il ne s’isole pas, mais qu’il reformule ce qu’il a compris sous la forme d’un feedback immédiat auprès de l’émetteur, afin d’être bien certain du sens de “boite” (“J’ai l’impression que tu te moques de moi, est-ce vraiment ça que tu as voulu dire ?”). Un tel feedback impose au destinataire de pouvoir intercepter une perception négative du message qu’il décode avant que ce dernier ait des conséquences négatives. Il nécessite également le maintien du dialogue, de ne pas se refermer, et donc de continuer à vivre le climat de confiance qui ne soupçonne pas l’émetteur d’être malveillant. Il nécessite aussi que l’émetteur soit réellement bienveillant et qu’il ait sincèrement à cœur d’être compris. Il est surtout essentiel que le destinataire et l’émetteur puissent et veuillent faire ensemble l’effort d’enrichir leurs grilles de lecture avec ce que répondra l’émetteur qui enverra un nouveau message dont l’encodage sera mieux ajusté au décodeur du destinataire, message qui à son tour devra être encodé/décodé/questionné. Sans ces itérations, qui ne viennent pas sans heurts, sans un contexte de bienveillance radicale, sans une confiance que l’autre ne cherche pas à blesser, mais qu’il fait du mieux qu’il peut avec qui il est et qui est toujours insuffisant, alors les grilles de lectures ne se jointent pas, ne se rassemblent pas, ne s’enrichissent pas. Il est essentiel qu’elles se rejoignent, sauf à se résigner à ne vivre que désespérément seuls, solitaires, isolés, incapables de faire lien.

L’effort à faire pour dépasser l’incompréhension n’est pas optionnel, sauf à condamner ce qui n’existe pas encore et qui demande d’autant plus à éclore que les blessures les plus profondes sont infligées à portée de l’intime.

On ne parle jamais que de soi. Cet article se base sur un vécu personnel. Le lecteur attentif saura lire, entre ces lignes plutôt descriptives et analytiques, à quel point c’est bien de tout autre chose qu’une description et qu’une analyse qu’il s’agit.

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Création de la chaire d’anthropologie organisationnelle de la fondation aaa /2018/02/15/lancement-de-chaire-danthropologie-organisationnelle-de-fondation-aaa/ Thu, 15 Feb 2018 16:53:45 +0000 https://latitude77.org/?p=5110 Nous avons le plaisir de vous annoncer la création, au sein de la fondation aaa, d'une chaire de recherche en anthropologie organisationnelle confiée à Aurélien Grosdidier, fondateur de Latitude77. Aurélien co-leade également depuis 2015 une autre Chaire avec Muriel Favarger Ripert, consacrée aux Ecosystèmes et Communautés Online et Offline. Quel est le périmètre de recherche [...]

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Nous avons le plaisir de vous annoncer la création, au sein de la fondation aaa, d’une chaire de recherche en anthropologie organisationnelle confiée à Aurélien Grosdidier, fondateur de Latitude77.

Aurélien co-leade également depuis 2015 une autre Chaire avec Muriel Favarger Ripert, consacrée aux Ecosystèmes et Communautés Online et Offline.

Quel est le périmètre de recherche ?

La chaire de recherche en anthropologie organisationnelle ouvre un espace de compréhension des facteurs permettant de replacer l’humain au centre des organisations et rend possible un accompagnement efficace et concret vers leur implémentation opérationnelle.
Elle propose ainsi un pivot à forte valeur ajoutée par rapport au prisme managérial habituel.

Pourquoi cet angle d’attaque  ?

Le fonctionnement courant des organisations est sécrété par leurs membres passés et présents. Il s’agit d’en expliciter les implicites et de questionner les héritages qui brident l’adéquation aux nécessaires ambitions du présent.

Quel est l’objectif poursuivi ?

Sur la base de cette compréhension ethnographique, l’objectif principal de la chaire est d’améliorer l’efficience organisationnelle en favorisant les flow individuels et collectifs afin d’ajuster à neuf et au mieux les complémentarités cognitivocomportementales.

Comment l’atteindre ?

Il s’agit de mettre en place les conditions d’incitation et de confiance nécessaires à une transformation culturelle au sens anthropologique du terme, c’est-à-dire dans toutes les dimensions humaines.
Pour ce faire, il est nécessaire de dépasser la science de l’organisation qui ne capture qu’une partie de ce qui peut être révélé par la conjonction des multiples focales complémentaires des sciences humaines et sociales.

Il devient nécessaire de gagner en finesse en identifiant et en explicitant les hypothèses anthropologiques sous-jacentes pour accompagner leur réingénierie de manière fluide.
La chaire s’inscrit dans une démarche de recherche/prospective à la confluence de la philosophie (comme outil), de la technoscience (comme puissance), de l’anthropologie (comme légitimité ontologique et comme devenir situationnel), de la sociologie (comme manifestation collective de ces évolutions, des opportunités et des déchirures qu’elles entraînent) et des valeurs et croyances qui sous-tendent ces chemins comme autant de possibles puissances de transition.

Les modalités de ces catalyses éthique et cognitive, individuelle et collective, font l’objet d’une investigation, d’une théorisation, d’une modélisation à visée prédictive, et d’une transmission sous forme de publications. En parallèle, ces compétences au coeur de la chaire sont au service de vos besoins.

Une recherche opérationnelle et à votre service

L’accompagnement proposé par la chaire est particulièrement adapté dans les contextes d’expérimentation et de prototypage:

  • Des équipes transversales en charge de projets innovants qui sont fréquemment soumises au paradoxe de devoir fournir des résultats concrets et mesurables, au sujet d’une nouveauté par définition encore inconnue et qui échappe à une quantification. L’objectif est de faciliter la compatibilité de leurs rythmes propres avec celui de leurs environnements d’accueil, ainsi que la compréhension mutuelle des membres qui les composent.
  • Des domaines métier en tension, qu’ils soient producteurs technologiques ou scientifiques à forte valeur ajoutée, ou au contraire exposés à une disruption par des changements organisationnels (gig economy) ou métiers (intelligence artificielle, à distinguer de l’intelligence naturelle et de l’intelligence collective)

En pensant simultanément ces conjonctions individuelles, collectives et métiers, la chaire accueille le défi de leurs rencontres afin de penser nos individuations – par la technique comme force (Simondon, Stiegler) et par l’humanité comme faiblesse (Fleury) – comme une coévolution écosystémique qui s’inscrit dans la durée.

Liste non exhaustive des thèmes abordés

  • Réarticulation des intérêts individuel/collectif
  • Réticulation inter-dividuelle
  • Confiance / transparence
  • Implicite / explicite
  • Liberté / responsabilité
  • Règle / attention portée
  • Contribution / gestion et prévention du free riding
  • Compétition / collaboration
  • Inhibition et distinction entre peur, danger, risque et menace, et leurs miroirs positifs
  • Théorie girardienne du désir mimétique et de la violence
  • (dé)Construction de l’identité (existentialisme, Kierkegaard)
  • Ontologie et devenir, géométrie des affects, raison et passion, théorie politique (Spinoza)

etc.

Exemples de recherche/accompagnement actuellement en cours

Conception et implémentation d’une procédure semi-automatique de compensation des inégalités d’implication dans le contexte d’une implémentation de l’économie contributive couvrant à la fois les valeurs marchande et non-marchande, concernant des professionnels indépendants exposés à court terme à une double disruption organisationnelle et métier.

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Innovation, (neuro)diversité et inclusion : des liens compliqués ? /2017/11/29/innovation-neurodiversite-liens-compliques/ Wed, 29 Nov 2017 13:48:24 +0000 https://latitude77.org/?p=4311 Qui n’a jamais vu, ici ou ailleurs, tel ou tel article faisant un lien de cause à effet entre diversité et innovation ? Sans nommer, même, souvent, ce qu’est la diversité ? Parmi les diversités possibles, la diversité cognitivocomportementale est particulièrement critique. Elle confine en effet bien souvent à l’exclusion ceux qui ne sont pas [...]

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Qui n’a jamais vu, ici ou ailleurs, tel ou tel article faisant un lien de cause à effet entre diversité et innovation ? Sans nommer, même, souvent, ce qu’est la diversité ?

Parmi les diversités possibles, la diversité cognitivocomportementale est particulièrement critique. Elle confine en effet bien souvent à l’exclusion ceux qui ne sont pas alignés sur la norme des neurotypiques. Le cas des Aspergers est frappant, tout comme l’est celui des hauts potentiels/multipotentiels. Si les capacités d’adaptation des seconds leur permettent une adaptation ne serait-ce que partielle, ce n’est pas pour les premiers. Il est donc fréquent, avec les meilleures intentions du monde, de chercher à travailler à leur intégration.

Une voie simple et intuitive… mais limitée

Pour permettre à des neuroatypiques de s’intégrer, la première voie est celle de l’assimilation. Il s’agit de les amener à une conformité minimale compatible avec l’environnement neurotypique de l’entreprise, eventuellement en leur permettant d’identifier des stratégies comme autant d’outils qui leur correspondent.

L’effort d’adaptation spécifique demandé au neuroatypique entraine la mobilisation de ressources qui ne seront pas disponibles pour autre chose. Son identité et ses aptitudes spécifiques ne pourront par conséquent pas se déployer dans les meilleures conditions.

Une telle démarche prend acte de l’exclusion pour mieux la combattre. Située en aval de l’exclusion, elle est palliative et circonstanciée. Si elle peut améliorer considérablement la qualité de vie, ce n’est qu’à titre individuel pour ceux qui en ont bénéficié. C’est une démarche conjoncturelle.

Acter ainsi l’existence de la norme neurotypique, c’est aussi induire son renforcement : pourquoi les entreprises auraient-elles intérêt à faire un effort si le facilitateur d’intégration s’occupe de la mise en conformité des profils neuroatypiques ?

Par conséquent, quoique certainement utile au cas par cas, une telle démarche est ultimement contre-productive à grande échelle, c’est-à-dire sur le plan politique. Je crois qu’il ne serait pas responsable de mettre en place ces nécessaires solutions au cas par cas sans questionner également la logique sous-jacente qui amène à cette exclusion.

Une voie plus pertinente… et plus complexe

Plutôt que de chercher à remédier à l’exclusion, il est possible de s’attaquer à ses causes. Il s’agit cette fois d’attaquer de front l’idée même de norme neurotypique, idée qui engendre la non-conformité, et donc l’exclusion. L’objectif est que chacun soit reconnu dans la singularité spécifique de sa part d’humanité, de laquelle il ne peut être exclu par personne, et qui implique pour tous un devoir.

S’il n’y a plus de norme, il n’y a plus de neuroatypiques, qui n’ont donc plus de difficultés d’intégration. C’est une ambition qui n’a rien de candide ou d’utopiste. Au contraire: l’action culturelle, en profondeur, curative, structurelle, et ultimement productive qu’elle implique repose sur un effort et une exigence sans naïveté aucune. C’est pourquoi il est nécessaire de s’y attacher avec énergie et détermination.

Mise en action : la place des écoles de management

Cette action curative ne saurait trouver de lieu plus naturel où se déployer que dans les établissements responsables de la formation des managers de demain. Ces derniers sont idéalement placés pour sculpter les cultures d’entreprise à venir. Leurs étudiants, formés, y trouveraient un avantage compétitif pour se démarquer sur le marché du travail. Les entreprises qu’ils rejoindraient seraient progressivement familiarisées avec cet enjeu de la neurodiversité. Les neuroatypiques seraient plus facilement inclus tout en étant mieux respectés dans leur singularité. Le bénéfice serait évidemment pour tous, pour chacun car nous sommes tous le neuroatypique de quelqu’un d’autre.

Le liens avec l’innovation

Je n’ai pas trouvé d’étude sérieuse démontrant que la diversité seule est source d’innovation. Je suis d’autant plus preneur de référence à ce sujet. La diversité me semble reconfigurer le périmètre cognitivocomportemental collectif qu’il s’agit de s’approprier ensemble. À ce titre, elle est “nécessaire”, mais pas “suffisante”. En effet, s’opposant de prime abord à cet “ensemble”, la diversité est également source de tensions. Ce sont précisément ces tensions-là qu’il s’agit de déminer dans le processus d’acculturation des entreprises à la différence spécifique des neuroatypiques, et donc au sein de la formation des managers de demain.

Le véritable enjeu : le flow et sa mise en place

Qu’ensuite les processus internes fonctionnent mieux et s’améliorent en continu car chacun est proche de son état de flow cognitif est un des effets de bord positifs d’une remise en dignité de chacun dans sa singularité. C’est cette remise en dignité qu’il est nécessaire de chercher car elle conditionne la possibilité d’un flow cognitif individuel et collectif.

Viser le flow collectif, c’est s’assurer de le rater car les conditions de son existence ne sont pas travaillées spécifiquement. Viser une de ses causes nécessaires qu’est la remise en singularité, c’est se donner une vraie chance que le flow “tombe en marche”, par le respect du timing propre à chacun qui permet l’oscillation entre intériorité et collaboration nécessaire à l’innovation et la créativité. Il s’agit pour tous d’être maximalement attentif à chacun.

Cette formulation un peu rapide n’a rien de rhétorique : je crois l’enjeu sous-jacent central car il permet d’assoir la différence entre une approche palliative qui confine à l’assistanat et une approche curative qui permet de tendre vers la reconnaissance de la dignité, le respect, la confiance, la responsabilité, et l’excellence.

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Intelligence humaine et artificielle : évolution et éthique. /2017/11/01/intelligence-humaine-artificielle-evolution-ethique/ Wed, 01 Nov 2017 08:33:00 +0000 https://latitude77.org/?p=3999 La correction des biais de l'intelligence artificielle est un préalable à son déploiement harmonieux dans bien des domaines. Ces biais découlent de sa structure propre, mais aussi des nôtres puisque nous la concevons et/ou l'entrainons - y compris à notre insu. Les conducteurs de voitures bardées de capteurs entrainent les IA qui seront demain dans [...]

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La correction des biais de l’intelligence artificielle est un préalable à son déploiement harmonieux dans bien des domaines. Ces biais découlent de sa structure propre, mais aussi des nôtres puisque nous la concevons et/ou l’entrainons – y compris à notre insu. Les conducteurs de voitures bardées de capteurs entrainent les IA qui seront demain dans les voitures autonomes. Les textes flous ou les panneaux de signalisation que nous devons parfois reconnaître avant de pouvoir accéder à un site web permettent d’améliorer les algorithmes de reconnaissance visuelle. Chacune de nos traces, collectées sous forme de Big Data, fait de chacun de nous un professeur. Parfois à notre insu, nous partageons donc cette responsabilité non seulement collectivement, mais également individuellement.

Concepteurs ou entraineurs, nous nous devons donc de montrer l’exemple à l’IA. Être exemplaire implique de travailler spécifiquement à réduire nos propres biais afin de ne pas donner à l’IA de mauvaises habitudes. Simultanément, les acteurs reposant sur l’exploitation de ces biais opposeront sans doute une résistance à toute tentative de les atténuer, sauf à se renouveler.

Nos biais découlent au moins en partie de mécanismes évolutifs. À défaut d’être en phase avec le réel qui nous entoure, ces heuristiques nous permettent de faire des choix en lien avec l’étendue et les limites de nos capacités de perception, d’action, et avec nos vulnérabilités spécifiques (source). Nous, humains, ne pouvons percevoir, agir, vivre que dans le périmètre accessible à nos deux bras, transportés par nos deux jambes. Nos biais sont, au mieux, ces sacrifices consentis à une adéquation maximale avec le monde qui nous entoure, et qui contribuent pourtant à notre survie.

Les capacités de l’IA sont très différentes des nôtres, car elle est construite sur le numérique. Les données qu’elle prend en compte sont bien moins limitées dans le temps et dans l’espace que celles que nos cinq sens nous relaient. Les actions qu’elle peut déclencher peuvent se déployer simultanément pour tous à l’échelle de la planète (ex. PageRank, RankBrain ou EdgeRank). Structurellement, le déploiement de l’IA se profile donc sous forme de silos hégémoniques, en continuité avec ceux autour desquels se concentrent les usages du web.

C’est la pluralité des personnalités humaines qui assure la résilience intrinsèque de l’espèce. Nous pouvons ainsi tirer parti de nos inévitables erreurs pour ne plus les reproduire. Cette optimisation est d’abord individuelle avant d’être collective. En silos hégémoniques, quasi instantanée et quasi ubiquitaire, aucune résilience de ce type n’est envisageable pour l’IA. Compter sur le nombre et la diversité des IAs, ou sur la sophistication de leurs processus d’apprentissage, pour que les biais des unes compensent les biais des autres, à l’image des sociétés humaines (qui sont à la peine), est donc un pari très osé. L’IA est intrinsèquement fragile.

Par conséquent, éduquer l’IA en incluant les biais découlant de notre propre évolution serait probablement particulièrement inadéquat. L’IA apprend à travers des exemples. Ce serait problématique qu’elle suive l’exemple des humains, car elle n’est pas humaine. Là où nous, humains, essayons de modeler nos biais a posteriori, souvent incapables de nous en défaire a priori, notre éthique est toujours en retard. Un retard de quelques heures, quelques jours, est compatible avec nos jambes et avec nos bras. Pour une IA qui traverse le monde instantanément grâce au numérique, un retard que nous aurions à subir, même infime pour elle, aurait proportionnellement des conséquences considérables pour nous.

En partie inspiré de cet article.

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Ce dont « nous » manque, et comment le retrouver. /2017/05/28/ce-dont-nous-manque-et-comment-le-retrouver/ Sun, 28 May 2017 08:09:20 +0000 https://latitude77.org/?p=2504 Faire groupe, c'est se rassembler autour d'un commun. Dans un monde de perspectives fragmentées, les synergies peinent à advenir. Notre rapport au réel est à réinventer, pour (re?)devenir "ensemble". Il s'agit de le saisir par un rapport dynamique de nos vérités subjectives entre elles et avec la réalité commune, qui dévoile comme territoire que nous [...]

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Faire groupe, c’est se rassembler autour d’un commun. Dans un monde de perspectives fragmentées, les synergies peinent à advenir. Notre rapport au réel est à réinventer, pour (re?)devenir « ensemble ». Il s’agit de le saisir par un rapport dynamique de nos vérités subjectives entre elles et avec la réalité commune, qui dévoile comme territoire que nous avons de facto en partage.

Publié initialement sous forme de commentaire ici.

S’il est tout à fait normal d’avoir des opinions différentes, en rester là me semble confiner à l’impuissance. En effet, se satisfaire de ces opinions, comme autant de postures différentes, pose la question de l’espace commun. Des postures incompatibles ne serait-ce qu’en partie ne sauraient s’incarner collectivement autrement, au choix, que dans le conflit (« j’ai LA vérité et pas toi ») ou dans le relativisme généralisé (« tu as la tienne, j’ai la mienne, et tout va bien: on fusionne, ou on ne se croise pas »). Par conséquent, ni le conflit ni le relativisme absolu ne me semblent viables. L’un et l’autre nous isolent alors que nous ne sommes et ne devenons nous-mêmes qu’avec l’Autre. Je crois donc important de se placer entre la revendication de détenir « LA vérité » et la tentation de céder au relativisme.

La thématique sous-jacente est celle de la construction de ce qu’on peut considérer vrai, c’est-à-dire une croyance, une partie de ce qui nous constitue en tant que groupe. Ce dépassement de la posture est indispensable à l’émergence du groupe: l’autre est toujours « à rejoindre », il n’est jamais proche d’entrée de jeu, sinon par illusion. De plus, le groupe est précisément nécessaire à toute action au-delà de nos individualités.

Plutôt que de rester coincés dans des postures rigides, je crois donc nécessaire de nous inscrire chacun dans mouvement, pour que des mouvements individuels et pluriels puisse émerger une réalité commune. Mais quel type de mouvement ?

Un mouvement qui découlerait d’un objectif premier de rejoindre l’autre, ou d’être rejoint, inclinerait au rapport transactionnel, de négociation, voire de force. Ce n’est pas une direction qui me semble souhaitable. C’est pourtant une des origines possibles de la raison .

L’alternative qui me semble la plus pertinente, c’est de proposer à chacun d’examiner avec une critique radicale en quoi nos perceptions sont validées/invalidées par ce réel qui nous est extérieur. Il s’agit de le considérer comme toujours trop confus et de le questionner pour travailler à son impossible clarification. Cette démarche est individuelle et intime. L’enjeu n’est ni l’autre ni le rapport à ce dernier, mais bel et bien un rapport critique à soi: le mouvement nécessaire est de tendre vers cet objet qui nous échappe et de ne pas se satisfaire de ce que nous en expérimentons. La conséquence de ce mouvement est un rapprochement de tous, indirectement médié par l’objet commun vers lequel chacun converge. Ce n’est pas sans lien avec la théorie du désir mimétique de René Girard. Il s’agit de questionner individuellement ce qu’est ce que nous avons en partage pour ensemble non pas le connaître dans sa nature, puisqu’elle nous échappe, mais pour le circonscrire autant que faire se peut. Que des divergences subsistent, c’est probablement qu’il s’agit de deux objets différents. Raison de plus pour les circonscrire.

Par conséquent, les opinions différentes et incompatibles deviennent dès lors une richesse: la convergence asymptotique vers ce même objet entraîne l’émergence d’un vocabulaire commun et d’une démarche cohérente sans être coercitive et sans que quiconque puisse se prévaloir d’être indispensable, quoique chacun puisse aider à des degrés différents. L’implication pour chacun, et particulièrement pour les dirigeants, est claire : leur perspective n’en est qu’une parmi d’autres, c’est pourquoi il est essentiel qu’ils soient aussi humbles qu’attentifs – voire qu’ils soient reconnus comme participants à l’aventure collective sur ces critères-là.

Pour illustrer, imagine, lectrice, lecteur, en 2 dimensions: chacun est un point noir placé sur une feuille de papier blanche. Chacun est à la fois « situé » et « voit son regard orienté » dans une direction précise, ce qui illustre la diversité de nos perspectives, conditionnées par nos points de vue. Quelque part sur la feuille se trouve un objet non circonscrit que chacun, par définition, voit à midi et devant sa porte. Par itération, il s’agit pour chacun de savoir si midi correspond plutôt à 11h59 ou 12h01, et si la porte ne serait pas plutôt la boite aux lettres, ou la clôture du jardin.

Je fais l’hypothèse que de tels mouvements individuels, itérativement répétés, sont un moyen de nous rassembler autour de cet objet afin de le caractériser par ce que nous en percevons et qui ne saurait s’avérer qu’être complémentaire. Nous ne pouvons pas le connaître, ni individuellement ni collectivement, par contre nous le circonscrivons d’autant mieux que nous sommes nombreux à l’entourer. Comme si la nature de l’objet, diffractée autour de lui et insaisissable, était intelligible fragment par fragment.

Je ne dis pas que c’est la seule façon de procéder, je dis seulement que je n’en vois pas d’autres. Je suis évidemment ouvert à toute suggestion. Dans cette démarche, l’opinion contraire n’est jamais réductible à de l’ignorance. Au contraire, elle est l’occasion de l’interrogation qui précède toute recherche.

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Pour en finir avec la « défense de la vie privée sur internet » /2017/03/11/pour-en-finir-avec-la-defense-de-la-vie-privee-sur-internet/ Sat, 11 Mar 2017 09:30:41 +0000 https://latitude77.org/?p=1417 Malgré des tensions explicites, récurrentes et dénoncées avec force la « défense de la vie privée sur internet » est une cause derrière laquelle beaucoup sentent un enjeu important. Pourtant les mots peinent à convaincre. Le terme « vie privée » s’oppose habituellement à la vie publique ou à la vie professionnelle. Ces vies sont [...]

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Malgré des tensions explicites, récurrentes et dénoncées avec force la « défense de la vie privée sur internet » est une cause derrière laquelle beaucoup sentent un enjeu important. Pourtant les mots peinent à convaincre.

Le terme « vie privée » s’oppose habituellement à la vie publique ou à la vie professionnelle. Ces vies sont des territoires de l’existence. Les distinctions en territoires sont opérées par chacun de nous. Ces territoires sont multiples et parfois poreux. Se focaliser sur « la vie privée uniquement », c’est laisser de côté d’autres aspects de la vie de l’individu, et ignorer leurs dynamiques propres. L’interlocuteur n’est donc pas totalement mobilisé.

Le terme « internet » laisse croire que l’enjeu est d’ordre technologique, voire se limite à un monde immatériel et évanescent qui n’entraîne pas de changement de la vie de tous les jours. Internet est une réalité physique bien tangible, ce qui s’y passe relève du monde physique et n’en est pas moins tangible. Une fois une information rentrée dans un réseau, elle est traitée puis rendue disponible à des acteurs tout à fait identifiés : entreprises, particuliers, collectivités. Ce fonctionnement type ne se limite d’ailleurs pas à internet, mais s’étend à tout réseau de collecte, traitement et distribution de l’information, y compris les réseaux privés, et ceux qui sont encore en grande partie à venir (comme par exemple ceux dédiés aux objets connectés qui posent déjà problème). Le lieu de l’action et de ses conséquences n’est pas immatériel, mais bien concret, et beaucoup plus large qu’internet. Il concerne la vie quotidienne et l’impact ira grandissant.

Le terme « défense » laisse entendre une attaque, un combat, donc une source d’angoisse potentielle pour l’interlocuteur auquel on s’adresse. De là un mécanisme de défense courant et compréhensible : l’interlocuteur se referme et nous affuble d’une étiquette « paranoïaque » pour nous mettre à distance de sa zone de confort. Il n’y a pourtant ni défense, ni combat, et si attaque il y a, elle ne peut cibler que l’ignorance. Pas l’ignorant.

L’ignorance se dissipe par la pédagogie : premièrement considération inconditionnelle de l’autre, puis accompagnement, puis écoute, et enfin transmission de ce qui est nécessaire à chacun. Il n’est pas tant question de technique que d’humanité. Répondre à l’un sans inclure l’autre est absurde. Soyons-y attentifs.

Il me semble que ce n’est donc pas la « vie privée » qu’il faut « défendre » sur « internet ». L’intimité a vocation à être partagée. Rien n’est d’ailleurs plus beau que l’intimité partagée. Ce partage peut se faire de multiples façons, y compris via les réseaux.

C’est lorsque ce partage n’est pas consenti qu’il y a problème. Métaphoriquement, ce problème s’apparente à une trahison, voire à un viol. Le mot est volontairement fort non pour amoindrir le préjudice inouï d’un viol physique, mais pour susciter l’indignation de ce qu’est son équivalent mental, qui existe depuis toujours, mais qui avec les traitements automatiques de l’information a pris une ampleur industrielle.

Ignorer le préjudice duquel nous sommes victimes ne nous libère en rien, et peut conduire à nous laisser dévaloriser ce qui semble d’ores et déjà perdu quand bien même elle nous est essentielle à tous : la liberté, souveraine et éclairée, à laquelle chacun peut aspirer, d’organiser sa propre vie, dans un évident respect des règles définies ensemble dans et par collectivité d’appartenance.

La cybersécurité ne concerne pas les systèmes d’information. Elle consiste avant tout à promouvoir auprès de tous cette liberté.

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